Lélio ou le Retour à la vie
LÉLIO
(encore faible et chancelant)
(Il entre par l'un des côtés de l'avant-scène.)
Dieu! je vis encore ... Il est donc vrai,
la vie comme un serpent s'est glissée
dans mon cœur pour le déchirer de nouveau ...
Mais si ce perfide poison a trompé mon désespoir,
comment ai-je pu résister à un pareil songe? . .
.
Comment n'ai-je pas été brisé par les étreintes
horribles
de la main de fer qui m'avait saisi? . . .
Ce supplice, ces juges, ces bourreaux, ces soldats,
les clameurs de cette populace, ces pas graves et
cadencés tombant
sur mon cœur comme des marteaux de Cyclopes . .
.
Et l'inexorable mélodies retentissant à mon oreille
jusque dans ce léthargique sommeil,
pour me rappeler son image effacée et raviver la
souffrance endormie . . .
La voir, l'entendre, elle!! elle! . . .
ses traits nobles et gracieux défigurés par une
ironie affreuse,
sa douce voix changée en hurlement de Bacchante,
puis ces cloches, ce chant de mort religieux et
impie,
funèbre et burlesque, emprunté à l'Église
par l'Enfer pour une insultante parodie! . . .
Et, encore elle, toujours elle, avec son inexplicable
sourire,
conduisant la ronde infernale autour de mon tombeau!
. . .
Quelle nuit! au milieu de ces tortures j'ai dû pousser
des cris,
Horatio m'aurait-il entendu? . . .
Non, voilà encore la lettre que je lui avais laissée;
s'il fùt entré, il l'eût prise . . . pauvre Horatio!
Je crois l'entendre encore si calme et si tranquille,
hier à son piano,
pendant que je lui écrivais cet adieu suprême. .
.
Il ignorait les déchirements de mon cœur et ma funeste
résolution;
et de sa voix la plus douce, poète insoucieux des
passions cruelles,
il chantait sa ballade favorite.
I. Le Pêcheur
Ballade de Goethe
HORATIO
(derrière la toile)
L'onde frémit, l'onde s'agite;
Au bord est un jeune pêcheur.
De ce beau lac le charme excite
Dans l'âme une molle langueur.
À peine il voit, à peine il guide
Sa ligne errante sur les flots.
Tout à coup sur le lac limpide
S'élève la nymphe des eaux.
LÉLIO
Il y a cinq ans qu'Horatio écrivait cette ballade
imitée
de Goethe et que j'en fis la musique.
Nous étions heureux alors; son sort n'a pas changé,
et le mien ... cinq ans! que j'ai souffert depuis
lors!
HORATIO
Elle lui dit: Vois la lumière
Descendre dans mes flots d'azur,
Vois dans mes flots Phœbe se plaire
Et briller d'un éclat plus pur!
Vois comme le ciel sans nuage
Dans les vagues paraît plus beau!
Vois! Vois! Vois enfin, vois ta propre image
Qui te sourit du fond de l'eau!
LÉLIO
Sirène! Sirène!
Dieu! mon cœur se brise!
HORATIO
L'onde frémit, l'onde s'agite,
Vient mouiller les pieds du pêcheur.
Il entend la voix qui l'invite,
Il cède à son charme trompeur.
LÉLIO
Oui, oui, je ne l'ai que trop écoutée!
HORATIO
Elle disait d'une voix tendre,
D'une voix tendre elle chantait.
Sans le vouloir, sans se défendre,
Il suit la nymphe, il disparaît.
LÉLIO
Étrange persistance d'un souvenir! Hélas!
ces vers qui contiennent une allusion évidente à
mon fatal égarement,
cette musique, cette voix qui retentissent obstinément
en moi,
ne semblent-ils pas me dire que je dois vivre encore
pour mon art et pour l'amitié?
Vivre! . . . mais vivre, pour moi, c'est souffrir!
et la mort, c'est le repos.
Les doutes d'Hamlet ont été déjà une première fois
sans force contre mon désespoir;
seraient-ils plus puissants contre la lassitude
et le dégoût?
Je ne cherche pas à approfondir quels seront nos
songes
quand nous aurons été soustraits au tumulte de cette
vie,
ni à connaître la carte de cette contrée
inconnue d'où nul voyageur ne revient . . . Hamlet!
. . .
profonde et désolante conception! . . . que de mal
tu m'as fait!
Oh! il n'est que trop vrai, Shakespeare a opéré
en moi une révolution
qui a boulversé tout mon être.
Moore, avec ses douloureuses mélodies,
est venu achever l'ouvrage de l'auteur d'Hamlet.
Ainsi la brise, soupirant sur les ruines d'un temple
renversé
par une secousse volcanique, les couvre peu à peu
de sable
et en efface enfin jusqu'au dernier débris.
Et pourtant j'y reviens sans cesse,
je me suis laissé fasciner par la terrible génie
. . .
Qu'il est beau, vrai et pénétrant, ce discours du
Spectre royal,
dévoilant au jeune Hamlet le crime qui l'a privé
de son père!
Il m'a toujours semblé que ce morceau pouvait être
le sujet
d'une composition pleine d'un grand et sombre caractère.
Son souvenir m'émuet en ce moment plus que jamais
. . .
Mon instinct musical se réveille . . . Oui, je l'entends
. . .
Quelle est donc cette faculté singulière
qui subsiste ainsi l'imagination à la réalité .
. .
Quel est cet orchestre idéal qui chante en dedans
de moi? . . .
(Il médite.)
Une instrumentation sourde . . . une harmonie large
et sinistre . . .
une lugubre mélodie . . . un chœur en unissons et
octaves . . .
semblable à une grande voix exhalant une plainte
menaçante
pendant la mystérieuse solennité de la nuit . .
.
(Il semble écouter pendant les premières mesures
du morceau suivant.
Puis il prend sur une table un volume, l'ouvre
et va s'étendre
sur un lit de repos, où il reste pendant tout
le chœur d'ombres,
tantôt listant, tantôt méditant.)
II. Chœur d'Ombres
CHŒUR
Froid de la mort, nuit de la tombe,
Bruit éternel des pas du temps,
Noir chaos où l'espoir succombe,
Quand donc, quand donc finirez-vous?
Vivants! Vivants! toujours, toujours la mort vorace
Fait de vous un nouveau festin,
Sans que sur la terre on se lasse
De donner pâture à sa faim
Sans qu'on se lasse
De donner pâture à sa faim.
Quand donc, nuit de la tombe,
Bruit éternel des pas du temps,
Noir chaos où l'espoir succombe,
Quand donc, quand donc finirez-vous?
LÉLIO
(assis sur un lit de repos, tenant un livre à
la main)
O Shakespeare! Shakespeare!
toi dont les premières années passèrent inaperçues,
dont l'histoire est presque aussi incertaine que
celle d'Ossian
et d'Homère, quelles traces éblouissantes a laissées
ton génie!
Et pourtant que tu es peu compris! De grands peuples
t'adorent,
il est vrai; mais tant d'autres te blasphèment!
Sans te connaître, sur la foi d'écrivans sans âme,
qui ont pillé tes trésors en te dénigrant, on osait
naguère encore
dans la moitié de l'Europe t'accuser de barbarie!
. . .
Mais les plus cruels ennemis du génie ne sont pas
ceux auxquels la nature
a refusé le sentiment du vrai et du beau.
Pour ceux-là même, avec le temps, la lumière se
fait quelquefois!
Non, ce sont ces tristes habitants du temple
de la routine, prêtres fanastiques,
qui sacrifieraient à leur stupide déesse
les plus sublimes idées neuves,
s'il leur était donné d'en avoir jamais;
ces jeunes théoriciens de quatre-vingts ans,
vivant au milieu d'un océan de préjugés
et persuadés que le monde finit avec les rivages
de leur île;
ces vieux libertins de tout âge qui ordonnent
à la musique de les caresser, de les divertir,
n'admettant point que la chaste muse puisse avoir
une plus noble mission;
et surtout ces profanateurs qui osent porter
la main sur les ouvrages originaux,
leur font subir d'horribles mutilations qu'ils appellent
corrections
et perfectionnements, pour lesquels, disent-ils,
il faut beaucoup de goût.
Malédiction sur eux! ils font à l'art un ridicule
outrage!
Tels sont ces vulgaires oiseaux qui peuplent nos
jardins publics,
se perchent avec arrogance sur les plus belles statues,
et, quand ils ont sali le font de Jupiter,
le bras d'Hercule ou le sein de Vénus,
se pavanent fiers et satisfaits
comme s'ils venaient de ponde un œuf d'or.
(Il se lève, et frappe la table avec son livre
en l'y déposant.)
Oh! une pareille société, pour un artiste, est pire
que l'enfer!
(Avec une exaltation sombre et toujours croissante.)
J'ai envie d'aller dans le Royaume de Naples ou
dans la Calabre
demander du service à quelque chef de bravi,
dussé-je n'être que simple brigand . . .
J'y ai souvent songé . . . Oui! de poétiques superstitions,
une madone protectrice,
de riches dépouilles amoncelées dans les cavernes,
des femmes échevelées, palpitantes d'effroi,
un concert de cris d'horreur
accompagné d'un orchestre de carabines,
sabres et poignards, du sang et du lacryma-christi,
un lit de lave bercé par les tremblements de terre,
alons donc, voilà la vie! . . .
(Il sort un instant et revient,
tenant à la main un chapeau de brigand romain,
avec la cartouchière, la carabine, le sabre et
les pistolets.
Pendant l'exécution de la Chanson de Brigans
sa pantomime exprime la part qu'il prend en imagination
à la scène qu'il croit entendre.)
III. Chanson de Brigands
LE CAPITAINE
J'aurais cent ans à vivre encore,
Cent ans et plus, riche et content, . . .
CHŒUR
La la le ra la la la le ra la.
LE CAPITAINE
J'aimerais mieux être brigand
Que pape et roi que l'on adore.
Franchissons rochers et torrents!
CHŒUR
Franchissons rochers et torrents!
LE CAPITAINE
Ce jour est un jour de largesses.
Nous allons boire à nos maîtresses
Dans le crâne de leurs amants.
CHŒUR
Allons, ces belles éplorées
Demandent des consolateurs;
En pleurs d'amour changeons ces pleurs,
Formons de joyeux hyménées!
A la montagne, au vieux couvent
Chacun doit aller à confesse
Avant de boire à sa maî:tresse
Dans le cràne de son amant.
LE CAPITAINE
Zora ne voulait pas survivre
A son brave et beau défenseur.
CHŒUR
(riant)
Ah! ah! ah! ah! ah! ah!
LE CAPITAINE
"Le Prince est mort, percez mon cœur!
Au tombeau laissez-moi le suivre!"
Nous l'emportons au roc ardent.
CHŒUR
Au roc ardent!
LE CAPITAINE
(avec ironie)
Le lendemain, folle d'ivresse,
Elle avait noyé sa tristesse
Dans le crâne de son amant.
LE CAPITAINE ET CHŒUR
Fidèles et tendres colombes,
Vos chevaliers sont morts.
Eh bien! Mourir pour vous fut leur destin.
D'un pied léger foulez leurs tombes!
Pour vous plus de tristes moments!
Gloire au hasard qui nous rassemble!
Oui, oui, nous allons boire ensemble
Dans le crâne de vos amants.
Tra la la la la la la la la la.
Quittons la campagne!
Le vieil ermite nous attend.
Au couvent!
CHŒUR
Capitaine, nous te suivrons, nous sommes prêts.
LE CAPITAINE ET CHŒUR
Allons! à la montagne!
LÉLIO
(Long silence. - Sa furieuse exaltation semble
se dissiper.
Il quitte ses armes. L'attendrissement le gagne
peu à peu.
Il pleure à sanglots. Puis son émotion s'adoucit.
Il rêve quelque temps, soupire, et enfin, essuyant
ses larmes,
il dit avec plus de calme:)
Comme mon esprit flotte incertain! . . .
De ce monde frénétique il passe maintenant
aux rêves les plus enivrants.
La douce espérance rayonnant sur mon front flétri,
la force de se tourner encore vers les cieux . .
.
Je me vois dans l'avenir, couronné par l'amour;
la porte de l'enfer, repoussée par une main chérie,
se referme; je respire plus librement;
mon cœur, frémissant encore d'une angoisse mortelle,
se dilate de bonheur;
un ciel bleu se pare d'étoiles au-dessus de ma tête;
une brise harmonieuse m'apporte de lointains accords,
qui me semblent un écho de la voix adorée;
des larmes de tendresse viennent enfin refraîchir
mes paupières brûlantes de pleurs de la rage et
du désespoir.
Je suis heureux, et mon ange sourit en admirant
son ouvrage;
son âme noble et pur scintille sous
ses longs cils noirs modestement baissés;
une de ses mains dans les miennes, je chante, et
son autre main,
errant sur les cordes de la harpe,
accompagne languissamment mon hymne de bonheur.
(Il s'assied près de la table sur laquelle il
s'accoude,
plongé dans sa rêverie, pendant l'exécution du
Chant de bonheur.)
IV. Chant de bonheur
LA VOIX IMAGINAIRE DE LÉLIO
(derrière la toile, à voix éteinte)
Ô mon bonheur, ma vie,
Mon être tout entier, mon Dieu, mon univers!
Est-il auprès de toi quelque bien que j'envie?
Je te vois, tu souris, les cieux me sont ouverts!
L'ivresse de l'amour pour nous est trop brûlante.
Ce tendre abattement est plus délicieux.
Repose dans mes bras, repose cette tête charmante!
Viens! Viens! ô ma rêveuse amante,
Sur mon cœur éperdu viens clore tes beaux yeux!
LÉLIO
(Toujours assis près de la table.
Sa sombre tristesse semble le reprendre.)
Oh! que ne puis-je la trouver, cette Juliette,
cette Ophélie, que mon cœur appelle!
Que ne puis-je m'enivrer de cette joie mêlée de
tristesse
que donne le véritable amour, et, un soir d'automne,
bercé avec elle par le vent du nord sur quelque
bruyère sauvage,
m'endormir enfin dans ses bras
d'un mélancolique et dernier sommeil! . . .
L'ami témoin de nos jours fortunés creuserait lui-même
notre tombe au pied d'un chêne,
suspendrait à ses rameaux la harpe orpheline,
qui, doucement caressée par le sombre feuillage,
exhalerait encore un reste d'harmonie.
Le souvenir de mon dernier chant de bonheur
se mêlant à ce concert funèbre ferait couler ses
larmes,
et il se sentirait dans ses veines un frisson inconnu,
en songeant au temps . . .
à l'espace . . . à l'amour . . . à l'oubli . . .
(Il écoute d'un air profondément mélancolique
le morceau suivant.)
V. La harpe eolienne - Souvenirs
LÉLIO
(se levant, avec une certaine animation)
Mais pourquoi m'abandonner à ces dangereuses illusions?
Ah! ce n'est pas ainsi que je puis me réconcilier
avec la vie . . .
La mort ne veut pas de moi .
. . je me suis jeté dans ses bras,
elle m'en repousse avec indifférence.
Vivons donc, et que l'art sublime auquel je dois
les rares éclairs de bonheur qui ont brillé
sur ma sombre existence,
me console et me guide dans le triste désert
qui me reste à parcourir!
Ô musique! maîtresse fidèle et pure,
respectée autant qu'adorée, ton ami,
ton amant t'appelle à son secours!
Viens, viens, déploie tous tes charmes,
enivre-moi, environne-moi de tous tes prestiges,
sois touchante, fière, simple, parée, riche, belle!
Viens, viens, je m'abandonne à toi.
Pourquoi réfléchir? . . . je n'ai pas de plus mortelle
ennemie
que la réflexion, il faut l'éloigner de moi.
De l'action, de l'action, et elle va fuir.
Ecrivons, ne fût-ce que pour moi seul . . .
Choisissons un sujet original d'où les couleurs
sombres soient exclues . . .
J'y pense, cette Fantaisie sur le drame de la Tempête,
dont le plan est déjà esquissé . . . je puis l'achever.
Oui, un magicien qui trouble et apaise à son gré
les éléments,
de gracieux Esprits qui lui obéissent, une vierge
timide,
un jeune homme passionné, un sauvage stupide,
tant de scènes variées terminées par le plus brillant
dénouement,
arrêtent ma pensée sur de plus riants tableaux.
De chœurs d'Esprits de l'Air capricieusement jetés
au travers de l'orchestre adresseront,
dans une langue sonore et harmonieuse,
tantôt des accents pleins de douceur à la belle
Miranda,
tantôt des paroles menaçantes au grossier Caliban;
et je veux que la voix de ces Sylphes soit soutenue
d'un léger nuage d'harmonie,
que brillantera le frémissement de leurs ailes.
Justement voici l'heure où mes nombreux élèves se
rassemblent;
confions leur l'exécution de mon esquisse!
L'ardeur de ce jeune orchestre me rendra peut-être
la mienne;
je pourrai reprendre et achever mon travail.
Allons! que les Esprits chantent et folâtrent!
que la tempête gronde, éclate et tonne! que Ferdinand
soupire!
que Miranda sourie tendrement!
que le monstrueux Caliban danse et mugisse!
que Prospero commande en menaçant, et
(avec un accent religieux)
que Shakespeare me protège!
(Il sort, la toile se lève.)
(Au lever de la toile, les Musiciens sont déjà
sur leur estrade;
mais le Chœur s'avance un peu sur le plancher
établi
au-dessus de l'endroit qu'occupe ordinairement
l'orchestre
pour les représentations dramatiques.
Les Chroristes se rangent à droite et à gauche,
debout,
leur musique à la main. Lélio entre alors et
dit:)
Laissez la place pour le piano! Ici! ici! . . .
vous ne comprenez donc pas qu'ainsi tournés les
pianistes
ne verront pas le chef d'orchestre! . . .
Encore plus à droite . . . bien.
(A l'Orchestre)
Nous allons essayer ma Fantaisie sur la Tempête
de Shakespeare.
Regardez le plus souvent possible les mouvements
de votre chef!
c'est le seul moyen d'obtenir cet ensemble nerveux,
carré, compact, si rare même dans les meilleurs
orchestres.
(Au Chœur)
Les chanteurs ne doivent pas tenir leur cahier de
musique
devant leur visage; ne voyez-vous pas que le transmission
de la voix est ainsi plus ou moins interceptée?
. . .
N'exagérez pas les nuances!
ne confondez pas le mezzo-forte avec le fortissimo!
Pour le style mélodique et l'expression, je n'ai
rien à vous dire;
mes avis seraient inutiles à ceux qui en ont le
sentiment,
plus inutiles encore à ceux qui ne l'ont pas . .
. Encore un mot:
Vous, Messieurs, qui occupez les derniers gradins
de l'estrade,
tenez-vous en garde contre votre tendance à retarder!
votre éloignement du chef rend cette tendance
encore plus dangereuse.
Les quatre premiers Violons
et les quatre seconds Violons Soli ont des sourdines?
. . .
Bien, tout est en ordre . . . Commencez!
VI. Fantaisie sur la Tempête
de Shakespeare
CHŒUR D'ESPRITS DE L'AIR
Miranda! Miranda! Miranda!
Vien chi t'è destinato sposo,
Conoscere l'amore,
Miranda! d'un novello viver
L'aurora va spuntando per te,
Miranda! Miranda! addio! addio!
Miranda, Miranda, e desso tuo sposo, sii felice!
Miranda!
Caliban, Caliban, orrido mostro,
Temi lo sdegno d'Ariello!
Oh! Caliban!
O Miranda, o Miranda,
No! ti vedrem ormai delle piaggie dell'aura nostra
sede,
Noi cercarem invano, lo splendente e dolce fiore
Che sulla terra miravan.
No! ti vedrem ormai, dolce fiore, o Miranda!
Addio! Addio! Miranda, addio! Miranda!
LÉLIO
Assez pour aujourd'hui! Votre exécution est remarquable
par la précision, l'ensemble, la chaleur;
vous avez même reproduit plusieurs nuances fort
délicates.
Vos progrès sont manifestes;
je vois que vous pouvez aborder maintenant des compositions
d'un ordre beaucoup plus élévé que cette faible
esquisse.
Adieu, mes amis! je suis souffrant; laissez-moi
seul!
(Une partie de l'orchestre et tout le chœur sortent.
Quand le devant de la scène est dégagé,
la toile se baisse de nouveau.
Mais Lélio doit se retrouver isolé sur l'avant-scène.
Après un instant de silence, l'orchestre id´al
fait entendre
derrière la toile l'idée fixe de la Symphonie
fantastique.
Lélio s'arrête, comme frappé
au cœur d'un coup douloureux, écoute, et dit:)
Encore une fois!
Encore, et pour toujours! . . .
(Il sort.)
F I N